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Climat : Pourquoi diffuser la météo ne suffit plus et comment briser le déni

  • 29 juil.
  • 2 min de lecture

La tempête approche, l'eau monte, mais le voisin ne bouge pas. Il attend. Pire : il refuse d'évacuer. Face aux crises climatiques, diffuser une alerte à la radio ou à la télévision ne suffit plus. À N'Djamena, lors de l'atelier régional UAR-UNESCO, Alexandros Tsakiridis, expert à l'UNDRR, a posé un diagnostic sans concession. Pour lui, ce ne sont pas les systèmes d'alerte qui échouent, mais notre incapacité à franchir les barrières psychologiques des populations.




« Comme saint Thomas... »

S'appuyant sur les retours d'expérience des journalistes présents dans la salle, l'expert de l'UNDRR a dressé le panorama des obstacles invisibles qui bloquent l'action préventive des populations. Parmi eux figure le syndrome de « saint Thomas », ce besoin irrépressible de voir le danger de ses propres yeux avant d'y croire.


L'attachement aux biens et au territoire constitue un autre frein majeur, matérialisé par le refus d'abandonner une maison familiale ou le labeur de toute une vie. La méfiance et la désinformation jouent également un rôle destructeur, car une alerte émise par une institution contestée ou brouillée par des rumeurs perd toute son efficacité, a-t-il fait savoir. 


À cela s'ajoutent les biais d'optimisme et d'inertie, alimentant la croyance erronée que la prochaine inondation sera semblable à la précédente, ainsi que le fatalisme qui pousse à la résignation passive face aux forces de la nature. « Ces réactions ne sont pas des cas isolés : ce sont des biais cognitifs universels, façonnés par des millénaires d'évolution humaine.


Pour le journaliste, le défi est de concevoir des messages capables de franchir ces barrières psychologiques », a souligné Alexandros Tsakiridis.


Pour l'heure, les communiqués administratifs et le ton professoral ne suffisent plus. Les médias doivent changer de méthode.



En Afrique de l'Est, un reportage diffusé lors de l'atelier a mis en scène un pêcheur local expliquant comment l'écoute régulière des bulletins météo à la radio lui a sauvé la vie. En utilisant un langage simple, un ton calme et en s'appuyant sur une figure respectée de la communauté, le message d'urgence devient immédiatement légitime et incitatif pour ses pairs. 


L'exemple d'un reportage réalisé dans un village européen a montré l'efficacité de couvrir des exercices de simulation d'évacuation avant le drame. Montrer à l'antenne comment une communauté se prépare à froid permet de démystifier les consignes de sécurité et de réduire la peur de l'inconnu.



Au Timor-Leste, c'est à travers une chanson rythmée en langue locale que les consignes d'évacuation face aux tsunamis ont été diffusées. La musique et les formats culturels ancrés dans les traditions s'avèrent bien plus puissants que les communiqués administratifs pour ancrer les réflexes de survie dans la mémoire collective.

Pour l'expert, trois grandes stratégies éditoriales émergent de ces retours d'expérience, à savoir : miser sur les pairs et les figures de confianceformer le public et sensibiliser en temps de paix, et exploiter la culture ainsi que la tradition orale.


Irène GAOUDA

Hicham ATTMANE, à N'Djamena



 
 
 

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